On aurait l'impression qu’être femme en Haïti de nos jours, se résume aux atouts sexuels ou encore à la capacité de manipuler les hommes, afin de leur soutirer le maximum d'argent possible. On ne devrait pourtant pas considérer la précarité dans laquelle vit ce groupe vulnérable pour justifier une telle perception. Cependant, elle est bien ancrée dans notre société et influence le  comportement de la gente féminine. Puisque l’apparence compte beaucoup, autant mettre toutes les chances de son côté.

 

Quelle meilleure façon de commencer sinon qu'avec le sport? En effet, renforcé par toute la publicité faite autour,  et tous les programmes de nutrition "santé", le sport occupe une grande place dans la vie ou dans la tête des femmes. Que ce soit pour réellement améliorer sa santé ou pour épater la galerie, on veut en faire. Il faut bien entendu dire que cela reste parfois la meilleure façon pour nous les femmes de perdre du poids, après avoir désespérément essayé tous les régimes imaginables.

 

Oui, nous voulons à tout prix un physique de rêve. Nous voulons ressembler aux autres pour pouvoir plaire. Mais que reste-t-il de ce que nous sommes? Il est temps de nous questionner sur notre perception de nous-mêmes. Sur le fait que nous ne nous acceptons pas, et que nous cherchons à nous conformer aux critères établis par la société pour être belle, “anfòm”, ou tout simplement pour être femme!

 

Cdt photo: Ingrid Nelson

 

Il est normal en tant qu'humain de ressentir le besoin d'appartenance à un groupe ou de vouloir ressembler à un autre. Mais pourquoi ce que pense autrui, ses idées préconçues, sont si importants à nos yeux? Nous valorisons la beauté physique que nous impose la société au détriment de ce que nous sommes. À vouloir être comme tout le monde, on se perd.

 

La femme en Haïti subit beaucoup de pressions, surtout quand elle ne cadre pas avec la majorité. Mais quelle est cette majorité? Quand dit-on qu'une femme est belle dans la société haïtienne de nos jours? Est-ce quand elle possède une belle paire de fesses pouvant exercer de jolis "twerk"? Est-ce quand elle a une chatte remarquable, et qui même bien cachée suscite des commentaires inappropriés, et fait tourner la tête de la gente masculine? Est-ce quand elle est black? Grimèl? Quelles que soient les normes établies la femme peine à trouver un repère et à s'identifier. À cause de cela, nous sommes trop souvent victimes. Victimes d’injures que nous laissons passer mais qui blessent, de stéréotypes qui nous dérangent mais avec lesquels on fait semblant de vivre.

 

Et comme si ce n'était pas suffisant, cette société très exigeante nous conditionne au mariage comme quoi c'est la seule porte de sortie. Elle nous pousse à accepter la violence conjugale pour nous assurer une stabilité économique, nous façonne et nous fait rentrer dans un moule duquel nous sortons pétries, vidées de nos rêves et de nos projets. Nous nous marions, nous avons des enfants sans nous rendre compte des sacrifices que nous faisons et de l'engagement pris POUR TOUJOURS.

 

Oui, nous devons faire beaucoup plus attention à ces choses-là. Être femme est difficile dans ce pays machiste, et cela l'est encore plus quand nos choix diffèrent de ce qui est “convenable”. Avoir des dreads par exemple! Tantôt je parlais d'acceptation de soi, cette fois la question serait pourquoi les autres veulent tant qu'on leur ressemble? Pourquoi la société ne nous laisse pas être nous-mêmes? Pourquoi tant de discrimination? Tant de places ou de métiers réservés à une catégorie de personnes? Pourquoi certains domaines dominés par le genre masculin sont-ils si exclusifs?

 

Malgré les efforts de certain-e-s, les droits des femmes ne cessent d’être bafoués. Mais quand ces dernières les réclament, le genre masculin à qui tout est permis se sent quand même menacé. Cette incompréhension de la part des hommes rend la tâche plus difficile, et loin de parler d'équité et d'égalité, lls femmes se retrouvent à faire des concessions et à accepter ce qu'elles ne méritent pas. Il est temps de changer la donne. Il est temps de faire face à ces problèmes et trouver les réponses aux questions. Nous devons arrêter de faire ce qui est traditionnellement  convenable, et faire plutôt ce qui est juste.

 

Aujourd'hui avec les réseaux sociaux, la volonté de plaire à autrui est plus intense. Nous cherchons sans cesse une approbation. Cela devient même vicieux quand pour susciter la jalousie de l'autre, "les haters", nous nous mettons à partager un bonheur inexistant. Participer à un défi, faire le "duckface", sortir des blagues sexistes ou méchantes, parfois simplement en quête d'un “like”.

Entre femmes, il faut se soutenir. Il faut aller au-delà de l'hypocrisie de notre société. Celle-là même qui cautionne par exemple que les hommes aient leur morgue "Chanm gason", mais blâme les femmes qui assument leur sexualité.

 

Nous avons reçu une éducation qui dès le départ limitait nos capacités à notre genre. Pourquoi une fille devrait ou ne devrait pas faire une chose juste parce qu'elle est une fille? Ici nous accordons plus de valeur à l'apparence plutôt qu'à la personnalité.

 

Nous avons été élevées et formées pour vouloir vivre partout ailleurs sauf en Haïti. Et comme pour nous donner raison, notre pays ne valorise pas ses intellectuels et nous laisse croire que nos vies sont sans importance. Regardez le calvaire des femmes enceintes pour avoir accès aux soins de santé, ou encore cette chasse aux brillantes jeunes, remplies de potentiel. À chaque fois qu’on questionne notre volonté et notre motivation, une partie de nous se demande pourquoi faire des efforts qui seront vains? Pourquoi travailler très dur, franchir tous les obstacles pour obtenir une licence, quand pour être embauchée le seul diplôme requis sera ses atouts physiques?

 

Il y a beaucoup à faire mais pour cela déjà il faut une prise de conscience. Nous devons renouer avec nos valeurs, nous devons nous rappeller qui nous sommes, et nous devons être capables de reprendre goût à nos rêves. Alors seulement nous entrerons vraiment dans une dynamique d'équité de genre, d'égalité entre les sexes. Rappelons-nous à  chaque fois la force, le courage, la détermination qu'il faut pour être une femme aujourd'hui dans cette société haïtienne.

 

Stéphanie D. Lamarre

https://stephanielamarre.wordpress.com

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